Ceci n’est pas un miroir

  • Chaoui, Mokhtar

Au milieu d’un mirage, un grain de poussière virevolte. Il tourbillonne, disparaît, réapparaît, grossit, rapetisse, avance, s’immobilise. C’est un point noir au milieu de nulle part. À l’encontre de ses semblables qui se volatilisent au gré du vent, lui est tenace. Il ne se dissipe pas. Plus il s’approche, plus il prend forme et gagne en force. C’est désormais une silhouette devenue corps. Machine ! Oui, c’est une machine. Voiture ! Oui, C’est bien une voiture.Elle a surgi d’un horizon ténébreux. Elle tangue, elle clopine, elle grogne ; devancée par le ronronnement d’un moteur fatigué et le grincement des pneus à plat. Derrière elle, un essaim de poussière couvre ses traces. Essoufflée par un soleil de plomb et des chemins raboteux, elle s’arrête, cahotante, devant une station-service déserte. Elle reprend son souffle. Une main ouvre la portière. Cette dernière grésille et gronde. Le conducteur balance une valise qui somnolait à la place du mort. Elle dégringole et vient buter contre les pieds d’une pancarte où seules deux lettres, le « P » et le « E », narguent encore le temps. Une main, noire de graisse de moteur, s’empare de la poignée de la valise et la redresse. Un pied se pose dessus. Avec délicatesse, la main gauche, munie d’un mouchoir, essuie la chaussure du pied droit. Le même geste se répète avec la main droite et le pied gauche. Deux mains, deux pieds, deux chaussures, un mouchoir… Un destin.L’homme inspecte, curieux et circonspect, le mystérieux village qui n’offre aucun signe de vie. Il sourit. N’est ce pas ce qu’il cherchait ? Le silence, la tranquillité, le calme, l’air frais, ou sec, ou humide, peu importe, du moment qu’il n’est pas contaminé. Adieu confinement ! Bonjour liberté !

Dès la naissance, nous vivons dans un perpétuel duel contre nos congénères, contre la nature, contre les maladies, contre la mort… Toutefois, nous oublions de provoquer en duel notre propre personne, car nous avons peur de plonger au fond de notre âme et d’y découvrir l’abîme qui nous habite. « Quand tu regardes longtemps l’abîme, l’abîme regarde en toi » disait Nietzsche. Il faut toujours un grand cataclysme, une crise mondiale ou une pandémie pour provoquer LE VRAI DUEL. C’est le cas de millions de personnes qui ont été amenées, à cause du coronavirus et du confinement, à se regarder dans le miroir et à entamer une introspection qui fut salvatrice pour quelques uns, tragique pour la majorité. Voici donc l’histoire d’un homme qui se voyait et se croyait bon, doux, aimant, viril, charismatique, généreux, attentionné, altruiste ; un homme presque parfait. Vient la Covid, suivie du confinement, et son champ de vision se réduit à sa propre personne. Le voici contraint de ne plus se regarder dans les miroirs des autres, mais uniquement dans le sien. Que va-t-il découvrir lorsqu’il plongera au fond de lui, et surtout que va-t-il devenir ? Qu’ont-ils découvert toutes celles et tous ceux qui se sont livrés à cet exercice d’introspection pendant le confinement ? Beaucoup de choses insoupçonnées, sans aucun doute, mais surtout la certitude que ce qu’on prend pour LA vérité, NOTRE vérité, n’est qu’un lacis de mystifications. Dans ce thriller surréaliste, écrit en moins de 15 jours, accouché dans le stress, l’incompréhension et l’impuissance d’un confiné, Mokhtar Chaoui nous livre une histoire qui nous donne la chair de poule. C’est incontestablement le texte le plus angoissant et le plus noir qu’il n’ait jamais écrit, mais assurément le plus interpellateur sur la condition humaine.

Auteur(s) Chaoui, Mokhtar
Année 2021
Genre(s) Roman
Format Papier
Nb. de pages 200
Langue Français
ISBN 978-9920-33-463-1